Interview
Dr Jean Seignalet

«L'alimentation est préventive et curative»



  Le Dr Jean Seignalet, médecin immunologue à l'hôpital Saint-Eloi de Montpellier, enseigne aussi à la faculté de médecine de cette ville. Depuis dix ans, il s'intéresse à l'alimentation.

 Il est l'auteur de L'Alimentation ou la Troisième Médecine

(collection Écologie humaine, François-Xavier de Guibert)  

ALTERNATIVE SANTÉ - L'Impatient : Qu'est-ce qui vous a amené en tant que médecin à donner autant d'importance à l'alimentation ?

Jean Seignalet : Je me suis guéri d'une grave dépression nerveuse en m'imposant un régime alimentaire excluant les céréales et les produits laitiers et riche en produits crus. Au bout de cinq mois, j'ai senti le calme revenir en moi et, quelques semaines plus tard, j'ai retrouvé le sommeil et un fonctionnement cérébral normal. J'ai alors pris conscience que, depuis de nombreuses années, je souffrais parce que je m'alimentais mal. L'alimentation fait partie intégrante de la médecine et mérite mieux que le « moins de sel pour les hypertendus et moins de sucre pour les diabétiques ». Et, comme je suis d'un naturel curieux et que la plupart des maladies gardent leur origine mystérieuse, j'ai décidé d'expérimenter avec mes patients. J'ai cherché à comprendre scientifiquement comment une nourriture inadaptée pouvait entraîner une pathologie. Et comment mettre en place un régime performant et praticable par tous pour se soigner. Je n'ai plus aucun doute à ce sujet : l'alimentation est à la fois préventive et curative.

D'autres que vous ont exploré cette voie ?

Depuis les débuts de l'humanité, ce ne sont pas les régimes alimentaires qui manquent. Mais, peu d'entre eux reposent sur une théorie scientifique fondée. Parmi tous ces régimes, j'ai sélectionné celui de la Dresse Catherine Kousmine, de Guy-Claude Burger et du Dr Jacques Fradin. Les deux premiers ont établi le lien entre les modifications alimentaires au cours des siècles et l'apparition de certaines maladies rares autrefois. Et le Dr Jacques Fradin démontre que, outre les prédispositions génétiques de chacun, les facteurs environnementaux sont dominants dans 90 % des maladies. Fort de ces constatations, chacun d'entre eux a élaboré son régime (voir, ALTERNATIVE SANTÉ - L'Impatient n° 257).

Pensez-vous que l'alimentation intervient dans l'apparition du cancer ?

Deux cancers sur trois dépendent de l'alimentation. Attention ! je distingue les cancers héréditaires des cancers acquis. Les premiers sont liés à des anomalies génétiques, tels certains cancers du sein ou du côlon. Par contre, les cancers acquis (près de 95 %), même si l'on y trouve des gènes de prédisposition, sont essentiellement provoqués par certains facteurs environnementaux : l'alimentation, le tabac, l'amiante ou les virus dans le cas du cancer du col de l'utérus, par exemple.

Comment expliquez-vous le rôle de l'alimentation dans l'apparition du cancer ?

L'alimentation moderne agit sur un organe clé, l'intestin grêle.

- Elle contient des molécules que nos enzymes ne peuvent pas dégrader. De grosses molécules d'origine alimentaires vont donc s'accumuler dans la lumière digestive (à l'intérieur de l'intestin, Ndlr) ;

- Elle modifie la flore bactérienne qui va devenir une flore de putréfaction. Certaines bactéries, plus ou moins pathogènes, vont être détruites par les réponses immunitaires locales, libérant de grosses molécules d'origine bactériennes ;

- Elle agresse la muqueuse du grêle et peut la rendre trop perméable. Dès lors, les grosses molécules, alimentaires et bactériennes, traversent la barrière intestinale et entrent dans le sang. Elles vont se déposer dans divers tissus et vont encrasser l'organisme. Cet encrassage empêche les cellules saines et la matrice extracellulaire d'exercer leurs effets régulateurs sur les cellules en cours de cancérisation. D'autre part, le processus mis en œuvre par l'organisme pour épurer le milieu extracellulaire des macromolécules qui l'encombrent est générateur de radicaux libres. L'encrassage intracellulaire est, à mon avis, la raison principale de la cancérisation des cellules. Certaines macromolécules étrangères vont progressivement gêner, voire bloquer le fonctionnement de divers rouages et l'accumulation des déchets va rompre certains équilibres physiologiques. Je reste persuadé que cet empoisonnement prolongé de la cellule finit par entraîner des altérations de l'ADN nucléaire et par provoquer des anomalies génétiques qui conduisent au cancer.

Pourquoi avez-vous expérimenté avec vos patients le régime ancestral ?

J'ai réalisé une étude sur 1 000 personnes qui ont suivi ce régime pendant quatre ans. Elles étaient soit indemnes de cancers ou de leucémies, soit ayant déjà eu un cancer mais considérées comme guéries. J'ai pris en compte tous les cancers (sauf ceux de la peau, essentiellement dus au soleil), mais j'ai gardé le cancer du poumon à condition que le patient ait cessé de fumer. J'ai vérifié la valeur préventive de l'alimentation en comparant sur cette population le nombre « attendu » et le nombre « réel » de cancers apparus au cours du régime ancestral. Le nombre attendu de cancers se situait à 18,42, le nombre réel a été de 1. Il s'agissait, en fait, de la récidive d'un cancer du sein, hormonodépendant pour lequel on avait eu le tort de ne pas donner de traitements antiœstrogènes.

Que peut-on attendre du régime ancestral dans le traitement du cancer?

Le nombre de dossiers, je tiens à le préciser, est trop faible pour permettre d'évaluer le rôle curatif de ce régime sur le cancer. Ce dont je suis certain, c'est que la diététique va décrasser les cellules restées saines et leur permettre de jouer leur rôle protecteur. Mais elle n'accomplira pas de miracles dans des formes évoluées et très étendues. De plus, ces patients ont pour la plupart continué leurs traitements classiques. J'ai observé de bons résultats sur un homme atteint d'un cancer de la prostate qui a, avec le régime ancestral, vu son taux de PSA (antigène prostatique spécifique) passer de 15 à 5 et se maintenir à ce niveau depuis trois ans. Et sur une femme atteinte d'un cancer du côlon avec métastase hépatique. Après un an de diététique, la métastase n'ayant pas augmenté mais plutôt diminué a été enlevée chirurgicalement. Depuis trois ans, cette personne est en rémission complète. Mais, il faudrait beaucoup plus de dossiers pour apprécier réellement la valeur curative du changement d'alimentation. Ce régime permet en tout cas de mieux supporter la chimiothérapie. En l'essayant, les personnes ne courent aucun risque : il est parfaitement équilibré et n'entraîne aucune carence. Si la diététique n'est pas toujours efficace, elle apparaît bel et bien comme un outil très intéressant à utiliser.

Vous obtenez des résultats intéressants et pourtant vos collègues médecins ne croient toujours pas aux bienfaits de l'alimentation ?

Qu'ils ne croient pas à cette théorie ou même y soient indifférents, je peux le comprendre. Ce qui me surprend davantage, c'est qu'ils ne veuillent pas l'expérimenter. Je fais mon devoir en exposant ma théorie et je ne cherche pas de reconnaissance particulière. Je soigne gratuitement les personnes, je fais une douzaine de conférences par an pour transmettre mes idées aux médecins et au grand public.

Propos recueillis par Martine Laganier impatient@medecines-douces.com